Notre égo constitue nos ténèbres

Source : Matthieu Ricard

L’identification à un « moi » qui siégerait au cœur de notre être est une source de vulnérabilité constante. La liberté intérieure qui naît d’un amenuisement de cette identification est une source de plénitude et de confiance.
Comprendre la nature de l’ego et son mode de fonctionnement est donc d’une importance vitale si l’on souhaite se libérer des causes intérieures du mal-être et de la souffrance. L’idée de se dégager de l’emprise de l’ego peut nous laisser perplexe, comme si nous touchions à ce que nous croyons être notre identité fondamentale, une entité durable au fond de nous, qui confèrerait une continuité à notre personne.
Pourtant, examinons cette nature du « moi ». Il est impossible d’identifier une entité distincte qui puisse y correspondre.
L’ego n’est qu’un concept que nous associons au continuum d’expériences qu’est notre conscience. Nous pensons qu'en consacrant la majeure partie de notre temps à satisfaire et à renforcer cet ego, nous adoptons la meilleure stratégie pour atteindre le bonheur. Or, c'est tout le contraire qui se produit. Lorsque l’ego ne se repaît pas de ses triomphes, il se nourrit de ses échecs en s’érigeant en victime.
Entretenu par ses constantes ruminations, sa souffrance autant que son euphorie lui confirment son existence. Qu’il se sente porté au pinacle, diminué, offensé, ou ignoré, l’ego se consolide en n’accordant d’attention qu’à lui-même.
S’attacher à considérer notre égo comme une entité unique et autonome est fondamentalement dysfonctionnel, car en porte-à-faux avec la réalité. L’égo est constamment menacé par celle-ci, ce qui entretient en nous un profond sentiment d’insécurité. Conscient de sa vulnérabilité, l’ego tente par tous les moyens de se protéger et de se renforcer, éprouvant de l’aversion pour tout ce qui le menace et de l’attirance pour tout ce qui le sustente.
De ces pulsions d’attraction et de répulsion naissent une foule d’émotions conflictuelles. L’ego nous procure une confiance factice, construite sur des attributs précaires – le pouvoir, le succès, la beauté et la force physiques, le brio intellectuel et l’opinion d’autrui – et sur tout ce qui constitue notre image.
En vérité, nous ne sommes pas cet ego, nous ne sommes pas cette colère, nous ne sommes pas ce désespoir. Pour démasquer l’imposture du moi, il faut ainsi mener l’enquête dans chaque recoin de notre égo, car il n’est notre essence profonde, et nous n’avons aucune inquiétude à avoir à l’idée de nous en débarrasser. S’affranchir de l’illusion qu’il nous donne de notre existance ne revient pas à extirper le cœur de notre être, mais simplement à ouvrir les yeux sur une erreur.
Une confiance en soi digne de ce nom est paradoxalement une qualité naturelle de l’absence d’ego. La confiance en soi qui ne repose pas sur l’ego n’est plus soumise aux contingences émotionnelles, n’est plus vulnérable face aux jugements d’autrui. C’est une profonde acceptation intérieure des circonstances, quelles qu’elles soient, sans froideur ni détachement sec. C’est une liberté.
Cette liberté se traduit par un sentiment d’ouverture à tout ce qui se présente, d’un rayonnement altruiste qui s’étend à tous les êtres. Alors seulement peut-on avoir l’esprit en paix.

Les ténèbres se dissipent instantanément lorsqu’une lumière est allumée.

C’est avec bienveillance et engagement que je vous accueille à Tours pour vous accompagner, en thérapie ou en coaching, vers une transformation profonde et durable.